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18 Jul

Femmes de Noirmoutier (voix et visages)

Publié par Jean-Louis Neveu  - Catégories :  #Danse

  Femmes-de-Noirmoutier  
 

Création :  Cerdo / UPCP-Métive
Coordination du projet : Jean-Louis Neveu
Textes : Régine-Éva et Michel Pénisson
Chartre graphique : Jean-Louis Neveu, Claude Ribouillault
Iconographie et mise en page : Jean-Louis Neveu
Infographie : Lézard Graphique, Aytré (17)

 
     
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Au début des années 1970, l’UPCP-Métive (Union Pour la Culture Populaire en Poitou-Charentes-Vendée) lance une grande opération de sauvetage de la tradition orale noirmoutrine. Durant les vacances scolaires des années 1971, 72 et 73 puis dans les années 1980, une centaine de jeunes vient périodiquement rencontrer les détenteurs d’une culture populaire en voie de disparition et s’imprégner des savoirs insulaires. Ils enregistrent, photographient et filment les grands moments conviviaux, entre autres des veillées collectives organisées. Plus de 300 documents sonores alors collectés sont actuellement identifiés et analysés par le CERDO à Parthenay (79).

Grandes gardiennes du répertoire chanté et dansé, la plupart des femmes de l’île de Noirmoutier ont construit leur personnalité sur la connaissance parfaite des chansons traditionnelles. Avec rapidité, elles assimilaient paroles et musiques et n’en laissaient aucune au hasard. Cette récolte s’effectuait mentalement, surtout pour les chansons de danse. C’est dans ce domaine particulier, qui ne nécessitait aucun instrument, si ce n’est la voix, que les femmes ont réellement pris toutes les initiatives tant pour la transmission que le maintien du répertoire traditionnel de l’île, en lui conservant toute son originalité.

 
     
     
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  Quêtes et enquêtes  
 

La rareté des chants et danses de l’île a exercé une véritable fascination sur les chercheurs du XXe siècle. Piet et Viaud-Grand-Marais au XIXe en pressentaient déjà toute la richesse. Vers 1970, le chercheur canadien Gérald Thomas traversa même l’Atlantique  pour enregistrer « Roublotte », conteur-menteur de Gabion à L’Épine.

Dans les années 1950, une mission du CNRS (Claudie Marcel-Dubois et Marie-Marguerite Andral) ainsi que Geneviève Massignon, travaillant sans relâche à l’Atlas linguistique, ont préparé le chemin des collecteurs locaux : le cordonnier François Ganachaud, Jean-Pierre Bertrand et Pierre Bonneau dans le cadre de L’AREXCPO, Henri Martin, journaliste et informateur lui-même, ont su restituer à leur manière la richesse de cet héritage.

Cependant la plus importante collecte a été réalisée par l’UPCP entre 1971 et 1973. Cette imposante masse de documents sonores et visuels s’est récemment enrichie des films de Francine Lancelot sur les danses (1973) et des collectages d’Alain Ribardière (1977-1982) et de Michel et Eva Pénisson (1979-1996). Les enquêtes explorant ce terrain à un moment crucial  révèlent des chanteurs, conteurs et danseurs aujourd’hui disparus apportant aux chercheurs, curieux et à la population locale la pertinence de leurs précieux témoignages.

 
     
     
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  Les gardiennes du répertoire  
 

« Pas yine que je savais pas », dit Rose Couillon (Rose Payine). Sédentaires, les femmes transmettent et maintiennent une grande partie du répertoire : « les garçons savaient pas de chansons comme nous, ils travaillaient  au cabotage, au commerce ». Elles s’approprient les chansons de danses et avant 1920 les rondes sont parfois menées par des fillettes.

Responsables de la maison, des bêtes, du jardin, du marais salant, elles tiennent le tablier toujours prêt pour s’employer « aux patates » ou à la Conserverie dès que la sirène retentit : à L’Herbaudière, elles se mêlent aux Bigoudènes pour chanter la ronde « sardinière » .

Sous leur contrôle, le répertoire s’enrichit de celui des soldats, douaniers et marins : « les gars qui faisaient le long-cours apprenaient des chansons à bord avec des Bretons. Le frère de "Zalie" apportait des chansons qu’il apprenait en naviguant pi elle nous apprenait les chansons de son frère quand on allait aux sapins. C’était à qui chanterait le plus fort ! »

 
     
     
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  Chanter pour survivre  
 

Derrière un buisson, Marie et ses sœurs écoutent ce que chante la mère Maria : « les gens qui sont jeunes pourquoi dorment-ils ? ». Gardant seule sa vache le long des bossis, elle chante et danse le branle pour se réchauffer. Les anciens, dit-on, dansaient le branle n’importe où pour s’achalàe

Pourquoi dormir alors qu’il y a tant à faire pour survivre ! Trop tôt veuves, subissant l’absence des fiancés et maris, ces femmes veillent à tout avec ingéniosité, accablées de tâches multiples : retourner la terre de bri pour le blé, frétàe les fèves (bécher avec la freu),mener le cheval, pêcherle guémun bllan (goémon) avec l’eau jusqu’à la ceinture comme « Maguesite », faire les bousas (bouses séchées), couper à la faucille, ravauder et boulanger, se lever la nuit pour bllanzir la maison… Leurs chansons préférées sont leurs miroirs ; implicitement, elles s’y racontent : « Petite à la maison / on m’envoie à la côte / pêcher du goémon », « Je tourne, je vire, je va et je viens », « J’ai à proetir (pétrir), à mettre au four / et mon tamis qui bat toujours ».

 
     
     
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   Phine ou le sel de la vie  
 

« Pas une créature voudrait le faire ». Joséphine fradet (dite Phine Potoune) évoque les tâches laissées aux jeunes filles : pieds nus sur les vétes (levées de vase séchée), une « casquette de foin » sur la tête et  par dessus le penère sounerét (panier à sel)rempli de sel humide, elles courent entre œillets et tesselier durant toute la saison. De douze à seize ans, elles portent jusqu’à vingt kilos mais elles chantent et se répondent, parfois sans se voir, d’un marais à l’autre. Les plus jeunes écoutent et apprennent…

Leur vie se passe entre étierset charaus (chemins), parmi les oiseaux et le vent. Parfois aidées des hommes, souvent seules, les femmes connaissent parfaitement la gestion du marais salant : elles liment (enlèvent la vase) et mirounent, règlent l’eau et tirent le sel. Par tous les temps, elles se retrouvent entre cousines pendant les pauses pour manger sous le grand parapluie, garétàe (ameublir la terre), lier les javelles ou soigner les bêtes. Elles viennent au marais cacher leurs amoursdans les calojhes (cabanes). Certaines y sont nées. D’autres y laissent la vie.

 
 


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À propos

Le blog présente le concept d'ethnophotographie à travers le fonds photographique et audiovisuel de Jean-Louis Neveu. Il préfigure la navigation du futur site www.ehnophoto.fr en cours de réalisation.